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Méthode de l’auto con-gestion

8 mars 2012 par Alex IT


 

Je vais vous présenter aujourd’hui la méthode de management à la con dite de « l’auto con-gestion ». Cette méthode est relativement simple à mettre en œuvre et elle est relativement efficace, ou nuisible selon qu’on la pratique ou qu’on la subit. Il est également possible de s’en défendre lorsque que l’on est aguerri. J’ambitionne de vous convaincre de ne pas la pratiquer (en restant vigilant) et également de vous immuniser. Il n’est pas interdit par ailleurs de trouver cela divertissant.

 

Commençons par un cas pratique


Un cadre très expérimenté se voit confier un nouveau dossier. Il s’agit d’un dossier simple (pour ce cadre) et rapide (quelques jours de travail). Le cadre rend visite au client (un déplacement à plusieurs centaines de kilomètres du bureau), prend connaissance du dossier, organise et planifie le projet. Il se rend compte alors que le client est bien loin de son bureau et de sa maison, qu’il est tout petit (toute petite entreprise très peu connue et avec peu d’influence sur le marché et un chiffre d’affaire très modeste) et que le client n’est pas commode: il n’est pas bien méchant mais c’est tout simplement un « client difficile ».

Quelques jours plus tard, un nouveau dossier survient. Il s’agit d’un nouveau client très prestigieux, d’un projet avec un budget très important, très proche du bureau et de la maison et avec une équipe très sympathique.

Il s’entend que le cadre en question dispose des moyens requis pour mener à bien ces deux dossiers de manière satisfaisante pour chaque client.

C’est à ce moment que la question éthique se pose :
Un employé peut-il négliger un client pour en sur-satisfaire un autre selon que cet autre constituera une expérience professionnelle plus prestigieuse ?

Le cadre en question ne se pose pas ce type de question, il est certifié au niveau grand maître en management à la con. Il décide donc de « planter » le premier client et c’est bien entendu là que la méthode de « l’auto con-gestion » intervient.

Notre cadre s’élance donc alors dans le nouveau projet. Il rencontre le client, organise et planifie le projet. Il prend alors bien soin d’organiser d’importantes réunions et de prendre des engagements nécessitant son implication à plein temps sur la période où il avait pris d’autres engagements personnels concernant le premier projet. Il lui devient alors impossible de respecter les deux engagements. Il est à noter à ce stade de l’histoire que le nouveau client n’était pas du tout pressé et que l’employeur de ce cadre n’avait pris aucun engagement préalable en ce qui concerne le planning du nouveau projet.

Une fois le dilemme mis en place, notre bon cadre s’empresse d’alerter le top manager de son entreprise de la difficulté qui se présente. En effet, en référer au top manger évite une perte d’efficience considérable puisque l’on évite d’en parler à son chef qui en parlera ensuite à son chef et ainsi de suite jusqu’au top manager. Et puis c’est toujours plus prestigieux de traiter directement avec le boss. Ce qu’il y a également de pratique avec les chefs lorsque l’on saute plusieurs échelons, c’est qu’ils ne sont pas au fait des détails de chaque dossier et qu’il est plus aisé de les embrouiller (En effet, pour quelle raison le chef n’accorderait il pas toute la crédibilité due à son rang à un cadre fidèle et dévoué ?). Enfin, un top maganer peut être plus sensible qu’un chef « intermédiaire » à la nécessité de chouchoutage des clients les plus prestigieux. C’est quand même super d’avoir des cadres qui savent anticiper les problèmes et qui alertent lorsqu’un risque concerne un client « important ».

Notre bon cadre a donc par cette manipulation transféré le « problème » qu’il a sciemment créé à un top manager qui va le faire redescendre à un manager plus directement concerné. Le manager n’a plus alors qu’à confier le premier projet (celui du « petit » client) à un autre cadre.

Outre le coté éthique du problème, le second cadre doit reprendre un dossier en cours, annoncer au client (« difficile ») qu’il change d’interlocuteur et que le planning doit être décalé. Le cadre manipulateur a quant à lui pu se débarrasser d’un projet peu intéressant tout en se faisant remarquer favorablement par le top management.

 

Modélisation de la méthode 


J’ai choisi d’appeler cette pratique « méthode de l’auto con-gestion » parce que le manipulateur met en place seul et sciemment le blocage des deux projets : une auto congestion qui est con = une auto con-gestion.

Le principe de cette méthode est très simple :

Si le manager souhaite se débarrasser de l’un de ses dossiers, il n’a qu’à faire en sorte qu’il ne puisse pas le traiter sans indisposer un autre client que les chefs ne souhaitent pas mécontenter. Le management n+x n’a plus alors qu’à dénouer tout cela.

 

Il s’entend, que comme pour tous les sujets évoqués sur management à la con .com, l’anecdote est 100% véridique. Il s’agit donc d’un exemple réel de mauvaise pratique professionnelle et j’espère qu’il pourra renforcer votre vigilance.

 

Management-a-la-con.com

 

 

Cet article a été publié le jeudi 8 mars 2012 à 0:35 . Il a pour catégorie: méthodes et pratiques. Vous pouvez suivre les réponses concernant cet article grace au flux RSS 2.0 . Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback à partir de votre propre site.

6 réponses pour “Méthode de l’auto con-gestion”

  1. imprimerie d'&e a écrit:

    Même si ce n'est pas très éthique, on néglige toujours un peu plus (même inconsciemment) les clients qui représentent une valeur ajoutée moins forte pour l'entreprise. A l'inverse, on soigne un peu plus ceux qui apportent un bénéfice, aussi bien en terme d'argent qu'en terme de prestige.

  2. délire a écrit:

    Je suis d'accord avec le commentaire précédent. C'est d'ailleurs normal de privilégier ceux qui apportent du bénéfice.

  3. blog lingerie a écrit:

    Je suis également d'accord avec le premier commentaire. Mais je fais tout de même toujours attention car il m'est arrivé plusieurs fois que de "petits clients" ne le restent pas et m'apportent par la suite bien plus de bénéfice que je ne l'avais pensé au départ (heureusement que je ne les avais pas négligé !)

  4. Frwip a écrit:

    Il me semble que les commentateurs précédent loupent les moyens et l'objet de la stratégie déployé par le cadre en question. L'exposé est sans doute trop poli et ne met pas assez avant le cœur du binz déclenché, de son propre chef, par ce cadre pour de strictes raisons de confort et de carriérisme personnels, et non pas par application d'une politique commerciale donnant la priorité aux gros clients.

    Le cadre a sciemment sur-promis au second client et sur-engagé les ressources de son entreprise auprès de ce client par rapport aux besoins réels du dossier à traiter. Il est du coup débordé, débordé ! ce qui lui permet de refiler à un collègue le tas de pus, le premier client tout rabougri, chiant et en plus localisé à Perpette les Oies en Basse Auge.

  5. Frwip a écrit:

    (Suite, c'est nul ce système de commentaires à petite longueur)

    Ce faisant, ce cadre :
    – gaspille les ressources de l'entreprise.
    – mécontente un client qui se retrouve baladé d'un contact à l'autre, un client petit et pas marrant certes, mais peut être un futur gros compte qui ira peut être voir ailleurs la prochaine fois.
    – et se comporte comme un porc vis-à-vis de son chef et ses collègues.

    Dans une entreprise saine, où l'identification et l'élimination des manipulateurs et des sociopathes est une priorité, l'affaire s'arrête nette. Le chef se fend d'une explication à sa hiérarchie, si elle n'a pas identifié le problème elle-même, et le cadre a le droit à une explication (c'était peut être une erreur innocente …), ou il est averti ou viré. Et on fait ce qu'il faut pour sauver les meubles du côté des clients.

  6. Frwip a écrit:

    (Suite de la suite, désolé)

    Sinon, la bonne réaction pour le chef de ce cadre est d'imposer au cadre de continuer, seul, sur le premier client, et de le subordonner à un autre cadre (ou à lui-même, le chef) pour traiter le second client. Et pour les prochains dossiers, surtout ne pas oublier ce petit coup de pute et de le rendre au décuple. Les lundis matins à 7:30 sur la RN124, sortie 22 de l'A34 Grognard les Mornes Champs en direction de Perpette les Oies en Basse Auge, il va y en avoir beaucoup dans l'avenir de ce cadre…

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